L’Église de Vicq-sur-Breuilh
Construite en deux temps, l’église de Vicq-sur-Breuilh doit sa silhouette atypique à son clocher-mur, recouvert de bardeaux de châtaignier, qui marque la limite entre l’édifice initial des XIe-XIIe siècles et l’agrandissement de 1747. Son existence est attestée dès 1071, mais sa fondation remonte très probablement aux VIe ou VIIe siècles, faisant d’elle l’un des édifices les plus anciens de la région.
Ce clocher abrite deux cloches, dont la plus ancienne date de 1539, avec un diamètre de 1,19 m et un poids de plus de 900 kg. À l’intérieur, un retable baroque monumental du XVIIIe siècle, œuvre du sculpteur Martin Bellet, orne le chœur. L’église abrite également un bénitier en serpentine à cuve côtelée, datant peut-être du haut Moyen-Âge et orné de motifs énigmatiques.
La Crèche des Bergers
Installée dans la nef, la crèche de Vicq-sur-Breuilh est bien plus qu’une crèche de Noël. C’est un pan entier de l’histoire du village, figé dans le bois depuis plus de deux siècles.
Vers 1750, le sabotier du village sculpte une crèche pas comme les autres. Plutôt que de représenter des personnages bibliques anonymes, il prend pour modèles les habitants de Vicq eux-mêmes. Meunier, fileuses, bergers, tricoteuse, maçon, bourgeoises… les 17 personnages qui composent aujourd’hui la crèche sont la “photographie” vivante de la société rurale limousine de l’époque. Chacun porte un surnom typiquement limousin : Gerby, Pierricou, Baptistou, Catissou, Nanettou… Et chacun, dit-on, ressemblait trait pour trait à l’un des habitants du village.
Le plus grand des personnages, le chabretaire, représenterait le seigneur du village. Sa taille supérieure aux autres n’est peut-être pas anodine : une façon de rappeler sa place dans la hiérarchie sociale de l’époque. Les personnages ont des têtes et des membres en bois sculpté et peint, associés à un corps souple de tissu. Leurs habits ont connu plusieurs retouches au fil des siècles, on note par exemple que les femmes portent des “barbichets”, ces coiffes typiques du Haut-Limousin qui n’existaient pourtant pas au XVIIIe siècle.
La crèche a failli disparaître à la Révolution française, une époque où les crèches étaient interdites. Elle doit sa survie aux habitants eux-mêmes, qui l’ont dissimulée en se répartissant les personnages entre les familles. Car à Vicq, chaque famille était responsable de son personnage : elle l’entretenait, le choyait, et le ramenait à l’église chaque année à l’approche de Noël. C’est cette tradition collective et populaire qui a permis à la crèche de traverser les siècles et la Révolution.
Connue depuis longtemps, elle figure à l’inventaire dès 1791 comme ensemble constitué, la crèche est classée aux Monuments Historiques depuis 1978 au titre des chefs-d’œuvre d’Art Populaire. Aujourd’hui, c’est la municipalité qui en assure la conservation.
Pour abriter tous ces personnages, un artisan de Vicq a réalisé dans les années 1960 une étable en planches de bois limousin, coiffée d’un toit de paille. Le bœuf et l’âne, eux, ont été ajoutés en 1952 par un artisan de Saint-Vitte-sur-Briance.
Les personnages sont visibles dans l’église toute l’année. En décembre, ils prennent place dans leur étable pour reconstituer la scène de la Nativité, attirant chaque hiver près d’un millier de visiteurs venus de toute la France.